Sarah Palin vue par la presse européenne

16 octobre 2008

Comme tous les quatre ans, l’agenda médiatique est fixé depuis longtemps, dès que les jeux Olympiques d’été sont terminés, tous les regards se tournent vers la campagne pour l’élection du futur président des Etats-Unis.
Cette année tout a pourtant été différent. Les JO ont eu lieu à Pékin et ont tourné à un véritable débat diplomatique et les élections américaines s’apprêtent à faire entrer un Noir ou une femme à la Maison-Blanche…

C’est à cette dernière que nous allons nous intéresser, Sarah Palin, peut-être future vice-présidente américaine à un battement de cœur du poste suprême. À l’heure où elle est inquiétée pour abus de pouvoir en Alaska, essayons de mieux la connaître en regardant les portraits que la presse européenne a réalisé de la gouverneure de l’Etat le plus étendu des Etats-Unis.

Tout d’abord, et c’est pourquoi l’on se tourne avant tout sur ce personnage, force est de constater que Sarah Palin est quelqu’un d’atypique. Suzanne Goldenberg dans The Guardian intitule son article « Meet the Barracuda : anti-abortion, pro-death penalty and gun-lover » (Rencontrer le Barracuda – son surnom depuis le lycée – : anti-avortement, pour la peine de mort et le port d’armes à feu). Elle résume la plupart des titres de la presse européenne consultée. Certains ajouteront tout de même une autre particularité de la colistière de John McCain, elle a été ce que l’on appelle « une reine de beauté ». Tim Reid pour le London Times a d’ailleurs intitulé son billet « The gun-toting beauty queen » (Traduisez : la reine de beauté le doigt sur la gâchette). On apprend d’ailleurs dans les colonnes d’El Mundo que c’est sa beauté qui lui a permis de financer ses études Curiosamente, no fueron sus aptitudes deportivas las que le permitieron obtener una beca universitaria sino su belleza física. »). La Repubblica apportera l’information cruciale : si l’on google “sexy & Palin” on obtient « plus de 157 000 réponses ».

On peut aussi noter que le caractère atypique de Sarah Palin a tellement voulu être souligné par les journalistes européens que plusieurs d’entre eux (Libération, The Guardian, The London Times…) ont eu la même idée d’accroche pour leur article. Si l’on compare la première phrase du Guardian et de Libération la ressemblance est impressionnante, le premier écrit « Elle chasse. Elle pêche. Elle a été élue miss… » alors que le second a préféré : « Elle aime chasser, pêcher, elle mange des hamburgers à la viande d’élan, elle possède un hydravion et elle a bien failli être élue reine de beauté de l’Alaska. » Mais tous ces articles n’étaient pas qu’une succession de futilités, la presse européenne s’est beaucoup intéressée à son (in)expérience, ses idées et à l’enjeu d’une telle nomination.

L’expérience de Sarah Palin en politique n’est pas à proprement parler impressionnante. Elle est gouverneure de l’Alaska depuis moins de deux ans et avait été auparavant maire de sa commune (estimée entre 5 000 et 9 000 habitants selon les journaux ! 5 469 selon Wikipedia) pendant six années. Si tous les articles s’accordent sur ce point, des divergences sont tout de même à souligner. La plupart s’accordent sur le fait que cette nomination soit une vraie surprise, mais The London Times note tout de même que si Sarah Palin demeurait une inconnue du grand public avant sa nomination elle commençait à se faire un nom dans le paysage politique américain depuis son élection en Alaska. Le bilan de ses deux années à la tête de cet Etat est d’ailleurs très contrasté, pour Tim Reid (London Times), 80 % des résidents de l’Alaska soutiennent la politique de Sarah Palin alors que le journaliste du Temps chargé de dresser le portrait de la colistière de McCain affirme que « la gouverneure est plutôt mal aimée parmi les républicains » de cet Etat. Ce qui semble toutefois faire l’unanimité dans la presse européenne, c’est que son manque chronique d’expérience met à mal l’un des arguments principaux de la campagne de John McCain, celui de l’inexpérience de Barack Obama.

Du côté des idées, tout ou presque est dit dans les titres que nous présentions auparavant. Sarah Palin s’est fait connaître lors de sa campagne en Alaska en menant une virulente campagne anti-corruption. Libération cite d’ailleurs une phrase qu’elle a prononcée lors de son discours d’intronisation. Phrase que l’on pourrait inclure dans une thématique populiste, « je me suis attaquée au réseau des copains-coquins », dit-elle. Elle est dorénavant plutôt présentée comme une ultraconservatrice, virulemment opposée à l’avortement et au mariage gay. Tim Reid nous apprend qu’elle est membre à vie du lobby pro-arme à feu, la NRA (National Rifle Association), et qu’elle est aussi opposée à toutes les restrictions environnementales pour le forage du pétrole.

Mais ce qui marque souvent le plus, c’est sa vision de la famille et notamment le fait qu’elle soit une farouche militante « pro-life », militantisme qu’elle applique à sa propre vie puisqu’elle a mené sa dernière grossesse à terme malgré le fait que le médecin ait décelé chez son enfant le syndrome de Down, plus connu en France sous le nom de trisomie 21. Outre la grossesse de sa fille, on parle aussi de son aîné qui est engagé dans l’armée américaine depuis le 11-Septembre dernier dans le but prochain de rejoindre l’Irak.

On peut s’interroger sur l’opportunité d’une telle nomination pour contrer la campagne des démocrates. Beaucoup de journalistes considèrent ce choix comme particulièrement audacieux. On peut lire dans le London Times que cette nomination est un pari énorme (« huge gamble »), un pari risqué (« a risky gamble »), alors que Le Temps publie un article parlant d’« un très dangereux coup de poker » et que dans El Mundo on parle d’énormes risques à l’effet électoral incertain (« enormes riesgos y un efecto electoral incierto »).

Pourtant on trouve de nombreuses justifications à ce choix. Il y a tout d’abord, le jeune âge de Sarah Palin. El Pais nous rappelle que les deux candidats ont près de trente ans d’écart, ses 44 ans sont dans ce cadre une aubaine pour John McCain qui, le cas échéant, serait l’homme le plus âgé élu au poste de président des Etats-Unis. Sur Le Monde.fr, on retrouve l’idée que Sarah Palin pourrait incarner le renouveau du Grand Old Party (GOP), du vieux parti républicain.

Il n’est pas rare, non plus, de trouver l’idée que la colistière du candidat républicain pourrait capter une partie de l’électorat féminin. C’est l’idée que l’on trouve dans The Guardian (« disaffected supporters of Hillary Clinton »), The London Times (« independent voters and even Hillary Clinton supporters unhappy with Barack Obama ») et notamment La Repubblica (« caccia al voto delle orfane di Hillary » # capter le vote des orphelins d’Hillary). Sarah Palin ne manque pas d’ailleurs de jouer sur ce point. Elle a commencé par rendre hommage à la défaite d’Hillary Clinton et à adopter des expressions du registre féministe. Elle parle fréquemment du « plafond de verre » (« We can shatter that glass ceiling once and for all ») expression utilisée par les féministes et les spécialistes en gender studies pour mettre en relief les inégalités verticales entre homme et femme, c’est-à-dire le fait qu’à compétences égales les hommes obtiennent plus facilement des postes mieux considérés et rémunérés et corollairement que certains postes demeurent inaccessibles aux femmes. Le journaliste d’El Pais mettra en relief le fait que Sarah Palin ait été présentée pour le 88e anniversaire du droit de vote des femmes aux Etats-Unis. Pour un journaliste d’El Mundo, sur le papier, la candidature de Sarah Palin semble pouvoir combler l’absence d’Hillary Clinton. Gerard Baker, pour le compte du London Times, évoque un choix historique pour les Américains. Pour lui, en choisissant une femme, McCain a totalement perturbé la campagne des démocrates.

À l’heure actuelle cependant, il semblerait que Sarah Palin n’ait pas réellement réussi à combler le retard du candidat républicain sur Barack Obama. L’équipe de ce dernier raillant sans discontinuer la colistière de John McCain, son inexpérience politique tout comme sa méconnaissance des questions internationales. Les républicains essayent de vanter le fait qu’elle ne soit pas – contrairement à ses rivaux – un produit de Washington, mais les démocrates n’ont de cesse de relever ses erreurs, notamment lorsqu’elle parle d’attaquer la Russie… Certains républicains semblent, en fait, préférer la railler que le rallier…

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Le vote hispanique, un enjeu qui ne craint pas le ridicule

28 février 2008


Non non, ce n’est pas une parodie, cette vidéo est vraiment visible sur le site de Barack Obama. Le vote hispanique est tellement important dans certains états que les candidats ont dû rivaliser d’imagination. Les chants de campagnes sont donc aussi un terrain de bataille. Evidemment Hillary Clinton a aussi sa chanson traditionnelle mexicaine.

Outre le côté folklorique désuet, notons tout de même que les paroles montrent les enjeux, et les atouts mis en avant par les candidats.

J’ai tenté une traduction qui vaut ce qu’elle vaut:

Pour la chanson Viva Obama, les paroles sont:

Au candidat qui s’appelle Barack Obama,
Je chante cette chanson avec une âme humble
Qu’il a aussi puisque il est né sans prétention.

Il a commencé dans les rues de Chicago
Travaillant pour protéger les travailleurs
Et nous unir, tous, dans cette grande nation.

Vive Obama, vive Obama !
Des familles unies, sûres grâce au plan de santé
Vive Obama, vive Obama !
Un candidat qui lutte pour notre nation.

Peu Importe si tu es de San Antonio
Peu importe si tu es de Corpus Christi
De Dallas,…
Ce qui compte c’est que nous votions pour Obama
Parce que sa lutte est aussi la notre
Et qu’aujourd’hui il y a urgence.
Pour que ça change, soyons unis
Avec notre ami, Barack Obama.

Les paroles de la chanson pour Hillary Clinton sont plus simples encore:

Hillary, Hillary Clinton, c’est pour elle que je vote. (bis) Mes amis, c’est Johnny Canales, je voudrais dédier une chanson à notre amie, Hillary Clinton… Nous avons besoin de changements, il y a tant de choses à améliorer, et il n’y a qu’une candidate qui peut réussir. Elle a l’expérience, son mari a gouverné, et ensemble ils rendront les choses meilleures. Hillary, Hillary Clinton, c’est pour elle que je vote. Une présidente forte, peut mettre fin à la guerre et assurer les soins aux personnes de cette terre, des lois migratoires justes et une économie meilleure. Je n’y réfléchis pas à deux fois, pour Hillary, je vote. Hillary Hillary Clinton, c’est pour elle que je vote, Hillary, Hillary, Clinton, c’est pour elle que je vote, C’est pour Clinton que je vote.

Dans ces paroles, deux choses me marquent immédiatement, l’utilisation du terme « ami(e) » pour désigner le ou la candidate et l’utilisation du terme changement. J’avais déjà parlé du second point dans un précédent billet, n’y revenons pas. Mais ce terme d' »ami(e) » est tout de même marquant. On imagine mal, même avec sa familiarité lexicale, Nicolas Sarkozy se faire appeler « l’ami ». La campagne américaine est vraiment différente et c’est probablement ce qui justifie des clips aussi désuets que ceux que l’on peut voir ici, ou comme la désormais célèbre parodie de la mythique série Soprano tournée par Hillary et Bill Clinton en personne. Difficile d’analyser cette proximité factice avec les électeurs, espérons simplement que dans ce domaine nous n’imitions pas trop vite les états-uniens. Ce serait vraiment étrange que pour la campagne 2012, Nicolas Sarkozy tourne avec Carla Bruni un épisode de plus belle la vie, et que le candidat du PS face un rap pour obtenir le vote des jeunes des banlieues, non?

En dehors, des points communs que l’on vient de voir, nous pouvons noter une vraie différence entre les candidats. Pas entre leur programme, ils défendent tous les deux les travailleurs et leur système de santé, n’oublions tout de même pas qu’ils sont du même camps à la base. Non, la différence vient de la personne, Hillary est compétente, elle joue sur la popularité et l’expérience de son mari alors qu’Obama est près du peuple, il est humble et a le même combat que celui de la minorité espagnole (est-ce parce qu’il est noir?). On joue uniquement sur l’image, le programme n’est quasiment pas évoqué…

Tout cela pour dire que sous un petit air innocent et totalement kitsch se cache une vraie arme de communication électorale, ils sont forts ces américains.