Et Sarkozy conquit l’Espagne

29 avril 2009

Après la polémique autour des propos du chef de lEtat français la semaine passée, tous les yeux étaient rivés vers lEspagne pour la visite officielle de Nicolas Sarkozy. Si les journaux espagnols ne devaient retenir quun seul point de cette visite, ce serait  sans aucun doute l’élégance de Carla Brunipourtant notre président a réussi à séduire lEspagne.

 

Pour commencer et tout de suite comprendre à quels points tous les regards étaient rivés sur Carla Bruni lors de ces deux jours en Espagne, il suffit de regarder ces quelques unes de journaux espagnols.

 

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 A lire les journaux espagnols, en tout cas ceux de mardi, il semblerait que la rencontre la plus attendue dans ce voyage officiel était celle des deux premières dames. On peut ainsi trouver des titres dans la presse telle que « le jour des premières dames », « jeux de dames », « princesses ». El Mundo, journal de référence s’il en est, proposait aux lecteurs de son site le sondage suivant : ¿Quién cree que iba ayer más elegante: la Princesa de Asturias o Carla Bruni?  Carla Bruni a été choisie comme la femme la plus élégante entre les deux à 67% ! Intéressant, non ?

 

La plupart des articles de mardi traite du charme de la première dame de France, de la couleur de ses vêtements, de la marque de sa robe… Un journaliste de La Vanguardia affirme que toutes les caméras étaient braquées sur elle, traquant le moindre de ses gestes. Elle séduit caméra, conclut-il. Certains chroniqueurs font même le parallèle avec Lady Diana… El País, le premier quotidien espagnol, nomme même Carla Bruni, « l’étoile de la première journée ».

 

Nicolas Sarkozy, n’a d’ailleurs pas mis longtemps à comprendre que sa femme était son atout popularité. Comme lors de leur visite en Angleterre, il a, à nouveau, mis sa femme en scène, en rendant hommage à une personne très populaire en Espagne : Carla Bruni…

 

Toutefois, les journaux retiendront aussi la grande popularité du président français en Espagne : les applaudissements à la tribune du Congrès et la très longue ovation à sa sortie ; mais aussi, les échanges d’amabilités entre Zapatero et Sarkozy le premier qualifiant leur relation d’ « intenso, profundo, sincero, sentido y para siempre » et le second, soulignant, comme pour rappeler une récente polémique, lintelligence du premier. Dans les colonnes espagnoles on parle damitié éternelle, et de nouvelle ère dans la collaboration entre les deux pays.

 

Grâce à sa femme et à ce que les journalistes espagnols considèrent comme une grande capacité didactique, Sarkozy a réussi à séduire lEspagne. Ce matin dans les colonnes dEl Mundo Santiago Gonzalvez affirmait que Sarkozy était le meilleur allié pour que lEspagne fasse son entrée dans le G-20 avant de le qualifier de « señor bajito, pero grande » (tout petit mais grand homme).

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Kadhafi, une polémique à 10 milliards.

11 décembre 2007

Polémique sémantique autour de la venue de Mouammar Kadhafi. La secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, Rama Yade (prononcez Yadé si vous ne l’aimez pas), a marqué les esprits en affirmant que la France n’était ni « une balance commerciale », ni « un paillasson » elle a même parlé d’« un baiser de la mort ». Bien qu’elle lui ait serré la main tout sourire en juillet, il semble difficile pour elle d’assumer la venue de Kadhafi à Paris pour sa première journée mondiale des droits de l’homme, instrumentalisée Rama Yade ? En tout cas, l’opposition a emboité le pas. Ségolène Royal a apporté son soutien à la jeune secrétaire d’Etat, tandis que François Hollande affirmait qu’ « aucune signature de contrat n’explique un tel aveuglement ».

Mais les échos dans la presse sont bien différents selon les sources. Commençons par un exemple simple : Libération titre aujourd’hui : « Kadhafi met le souk en Sarkozie » alors que Le Figaro préfère : « Kadhafi à Paris : 10 milliards d’euros de contrats ». Le premier parle de « tyran de Libye » le second préfère le nommer « Guide de la révolution ». Libération insiste sur la polémique suscitée par cette visite, Le Figaro avance le chiffre de « 30 000 emplois créés sur cinq ans ». Une seule visite : mais deux visions diamétralement opposée de l’événement.

Les JT sont un peu à cette image. Le 13 heures de TF1 a placé la venue de Mouammar Kadafi en quatrième titre entre les pêcheurs touchés par les conditions climatiques et le sort judiciaire des membres de l’Arche de Zoé. Un peu moins de deux minutes montre en main, alors que France 2 ouvrait son journal sur le sujet et lui consacrait près d’un quart d’heure. Après avoir fait un tour d’horizon de la « rafale de critiques » adressées par la droite et par l’opposition à cette visite, citant des phrases telles que « sacrifice d’une certaine vision de la France », Elise Lucet recevait Danièle Klein pour le compte de l’association des victimes du DC 10 d’UTA – attentat attribué aux proches du colonel Kadhafi.

Le 20 heures semble moins tranché entre ces deux chaines, mais de grandes différences sont tout de même notables. D’un côté France 2 parle de Kadhafi comme d’ « une ancienne bête noire » « commanditaire d’actes terroristes », parlant de « retour en grâce du colonel » « 34 ans après sa dernière visite officielle ». Puis le journaliste laisse la parole à François Bayrou pour qui la politique de l’UMP se résumerait à ces trois mots : « carnet de chèques, carnet de chèques, carnet de chèques ». La conclusion se fait sur un doute quant à la « diplomatie des valeurs » prônée par Nicolas Sarkozy alors candidat à l’élection présidentielle, rappelant que si Kadhafi a longtemps été « un chef terroriste », il aurait « tourné la page » ce qui n’empêche que son pays « reste une dictature (…) qui détient des défenseurs des droits de l’homme emprisonnés sans procès ». Sur TF1, on parle de cette « visite très controversée », mais on préfère insister sur les 10 milliards d’euros de contrat. Pour eux, Kadhafi a fait une « entrée remarquée ». Mais ce sont les membres de l’opposition qui « reproche au numéro un libyen son implication dans le terrorisme ». S’il ne fallait retenir qu’une seule phrase de ce JT c’est probablement que la Libye est, pour eux, « un partenaire difficile mais obligé ».

« Real politique », « politique étrangère pragmatique », sont-ils des concepts qui justifient la négociation avec celui que l’on présente généralement comme un « dictateur » impliqué dans le « terrorisme » ?